Un conte oriental

Un conte oriental

Avant-propos

En tant qu’êtres humains, nous laissons derrière nous certaines traces dans l’histoire comme une identité artistique ou culturelle. C’est ce qui permet aux générations suivantes d’appréhender le passé et le futur à l’aune du passé, de créer de la nouveauté en puisant dans ses racines.

Parmi tout le patrimoine qui nous est parvenu aujourd’hui, on peut considérer que nos mythes et légendes sont celles qui maintiennent une persistance des mœurs et visions du monde d’autrefois, celles qui permettent à nos sociétés de toujours en tirer un divertissement ou un enseignement. Une histoire ou une légende connue dans le monde entier et toujours appréciée de génération en génération transmet ainsi une vérité utile à l’humanité dans une enveloppe qui lui est propre. Le tout est de savoir la décrypter avec les codes et les attentes qui sont les nôtres.

Tout jeune, déjà, l’histoire de Joseph de Canaan, fils de Jacob et vice-roi d’Egypte, m’a profondément marqué. Toute ma vie, son influence a continué à raisonner en moi, et aujourd’hui elle prend tout son sens, plus de 3600 ans après sa création. Sa légende contient une admirable leçon, transmise depuis des siècles et des siècles. Elle a aidé et réconforté des millions d’êtres, et j’ai personnellement été frappé par l’un des sens que l’on pouvait en tirer à notre époque actuelle.

Il s’agit d’un conte oriental que l’on peut retrouver dans l’Ancien Testament. L’élément central du récit réside dans l’interprétation que fait Joseph d’un rêve du Pharaon qu’aucun de ses conseillers n’arrivait à déchiffrer. Un haut dignitaire se souvenu qu’en prison, un esclave lui avait livré les secrets de l’un de ses songes et que sa prédiction s’était vérifiée. Il s’agissait de Joseph, et ses talents d’interprétation étaient déjà connus quand il comparu devant Pharaon. Celui-ci lui soumis le récit de son rêve qui le tourmentait alors :

« Sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie. Sept autres vaches laides à voir et maigres de chair montèrent derrière elles hors du fleuve, et se tinrent à leurs côtés sur le bord du fleuve. Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair. »

Pharaon avait également été frappé par un second songe de nature très similaire au premier, et tous les sages et magiciens d’Egypte avaient été incapables d’interpréter l’un ou l’autre : « Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige. Et sept épis maigres et brûlés par le vent d’orient poussèrent après eux. Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins1. »

Joseph interpréta le rêve du Pharaon en prophétisant que sept années d’abondance seront suivies de sept années de disette et de famine dues à la sécheresse et qu’il fallait dès maintenant prendre des dispositions pour parer à la catastrophe à venir. Pharaon, convaincu, nomma Joseph vice-roi d’Egypte pour mettre en œuvre la politique proposée. Et quand survint la catastrophe climatique, les précautions prises par Joseph sauvèrent la civilisation égyptienne.

 

Aujourd’hui nous sommes face à un des plus grands problèmes de notre siècle. Un problème grandissant qui est la destruction de notre planète. Nous détruisons depuis des décennies. Les ressources de notre belle planète que nos ancêtres cultivaient et respectaient depuis des millénaires.

Notre ignorance voulue ou non du fonctionnement de la nature et de ses besoins à des conséquences terribles que nous avons de plus en plus de mal à occulter. La fonte des glaces entraîne des inondations, la montée des eaux, la sècheresse et a des conséquences dramatiques comme les pénuries alimentaires et la famine, ou encore les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation et l’accumulation des déchets qui polluent plus qu’on ne l’imagine… et nous le savons tous. C’est une triste réalité encore une fois mise en évidence par le ralentissement des activités économiques lors de la période du Covid-19. Une période noire de l’humanité mais verte pour notre faune et notre flore qui ont su en profiter pour rapidement reprendre leurs droits dont ont les avions privés. Il n’y a plus de place pour le climato-scepticisme, la responsabilité de l’homme sur le changement climatique est maintenant devenue évidente.

La morale du conte de Joseph ne s’arrête pas à la gestion des ressources. Joseph, originaire de Canaan, une région située sur le rivage de la Méditerranée et il n’est pas arrivé en Egypte par hasard. Et s’il a d’abord été un esclave, c’est que ses propres frères l’ont vendu comme esclave. Des rêves prémonitoires l’avaient averti qu’ils règneraient sur eux. Innocemment, il leur avait confié cette révélation, provoquant leur colère, leur jalousie, et peut-être aussi leur crainte. Par traitrise, ils l’ont enlevé et vendu à des nomades qui l’ont mené en Egypte où il a été acquis par l’eunuque du Pharaon, un homme donc au plus proche du pouvoir. Des années plus tard, après qu’il ait sauvé l’Egypte grâce à ses sages conseils, il est devenu vizir du pays. Canaan était en proie à la famine, aussi ses frères sont venus acheter du grain en Egypte. Ils ne reconnurent pas Joseph et celui-ci ne leur révéla pas qui il était. Au contraire, il chercha à les éprouver en les traitant d’espions et en leur demandant de lui amener leur plus jeune frère, Benjamin, pour qu’il serve d’otage au cas où ils voudraient trahir l’Egypte. Quelle ne fût pas alors leur surprise quand, arrivés dans le palais de Joseph, ils furent conviés par lui à un fastueux festin au cours duquel il finit par dévoiler son identité et pardonner à ses frères. Il leur ordonna alors de ramener en Egypte tout le clan familial. A chaque membre de sa famille il donna enfin une propriété.

Que nous apprend cette singulière conclusion à la légende de Joseph ?  Le pardon et la miséricorde valent mieux que la colère et la haine, même face à des personnes qui, en nous trahissant, ont violé les règles de la morale la plus élémentaire. Les bienfaits que répand Joseph permettent de créer les conditions d’une réconciliation et d’empêcher que s’enclenche le cycle des vengeances. En faisant preuve d’humanité il grandit l’Humanité.

Cette leçon nous parle encore aujourd’hui. La démarche environnementale qui est la nôtre doit elle aussi emprunter les voies de la réconciliation. C’est par la persuasion et la douceur, par l’exemplarité aussi de nos démarches que nous parviendrons à convaincre ceux qui, aujourd’hui encore, doutent de l’urgence climatique et de la nécessité d’y faire face. Les tentations extrémistes visant à radicaliser la lutte écologique en jetant l’anathème sur ceux qui doutent encore de la nécessité de sauver notre planète, ne conduiront qu’à durcir les positions des uns et des autres. C’est à la recherche d’un accord et d’une coopération planétaire que nous devons travailler, à l’exemple de Joseph qui, loin de chercher à se venger à trouver le moyen de se réconcilier avec ses frères et de les rendre meilleurs.

Nous le savons déjà : grâce à l’accord de Paris, pour la première fois, des nations se sont mises d’accord pour atteindre un but commun. Même si cet objectif reste aujourd’hui encore difficile à atteindre. Nous avons réfléchi et nous pouvons contribuer à remplir cette mission dans un univers que nous maîtrisons et connaissons très bien : celui de l’hôtellerie et de la restauration. Il suffit de donner l’exemple et d’aider les autres professionnels à faire la transition dont nous appelons l’avènement de nos vœux dans ce livre, avant qu’il ne soit trop tard. Ce que nous proposons donc ici, ce sont des solutions originales, facilement applicables, tangibles et capables de susciter un véritable optimisme fédérateur.

 

Fadi Joseph Abou

 1 La Bible, Genèse 41, le Coran, chapitre 12.

Blunden, J., D. S. Arndt, and G. Hartfield , Eds., 2018: State of the Climate in 2017. Bull. Amer.Meteor. Soc.

3   https://www.overshootday.org/